« Dans l’environnement, si vous êtes aux normes actuelles, vous êtes en retard » Interview de David Hoffmann, Directeur Général et Scientifique – Cofondateur d’Hoffmann Green.

David Hoffmann préfère le calme du laboratoire au feu des projecteurs. Depuis le siège d’Hoffmann Green, installé au coeur de la Vendée, il est pourtant le père des technologies de rupture uniques au monde. Les nouveaux ciments qui portent son nom sont les premiers ciments disponibles réellement décarbonés. Mais comment les travaux d’un chimiste spécialiste des déchets sont-ils devenus des ciments produits à l’échelle industrielle ? Entretien avec un homme dont la parole est aussi rare que l’ambition est grande.

David Hoffmann, qu’est-ce qui guide votre action ?

Je veux laisser une planète vivable à mes enfants. C’est ma première motivation et l’origine d’une prise de conscience ancienne. Je travaillais dans le traitement des déchets toxiques. Mon métier consistait à trouver des solutions pour les rendre inertes. C’est une excellente école La France est numéro 1 dans ce secteur. Mais dans le même temps, je me suis rendu compte des pollutions liées aux déchets partout dans le monde et des conséquences pour les générations futures. J’ai toujours travaillé pour réduire cette empreinte.

Comment passe-t-on du traitement des déchets à l’invention de nouveaux ciments ?

Je travaillais au sein du groupe Séché Environnement. Mon rôle était de trouver des formules de liants pour rendre inertes des déchets toxiques. C’est comme ça que j’ai exploré des alternatives aux ciments Portland. Je suis arrivé aux géoplymères et au metakaolins, par exemple. Mais j’avais envie de trouver des applications plus larges qu’au seul secteur des déchets. J’ai donc créé, en parallèle de mon emploi, une autoentreprise et un laboratoire dans mon garage. C’est à cette époque, en 2014, que j’ai rencontré Julien Blanchard.  

Moins de dix ans après votre rencontre, Hoffmann Green Cement est devenu le sixième cette ascension fulgurante ?

Depuis le départ, nous sommes concentrés sur le résultat. Nous sommes très pragmatiques. Je n’ai pas envie de faire des choses qui ne servent à rien. J’ai cette culture de la recherche qui doit trouver. Un exemple : notre ciment H-IONA a été certifié en six mois avec une norme Afnor. On a identifié une piste et toute l’équipe s’est mobilisée pour arriver à ce délai très court. Je pense aussi que nous sommes efficaces car nous avons tout internalisé. Cela nous permet par exemple de faire les essais et les contrôles nous-mêmes. Dès la phase de recherche on intègre la dimension « usine ». Les étapes sont rapprochées les unes des autres et les différents départements travaillent ensemble. Nous gagnons ainsi en rapidité et en efficacité.

Justement comment naît une innovation de rupture chez Hoffmann Green ?

La recherche part toujours des travaux de quelqu’un d’autre. Je lis ce qui existe et j’essaie d’apporter une pierre complémentaire en allant là où les autres ne vont pas. Je pense que l’intuition est une forme de rationalité avant qu’on ne trouve les explications. Donc nous développons des solutions de rupture que nous adaptons ensuite à des applications et aux marchés. Dès la phase de R&D, nous intégrons les contraintes de production comme le prix et la disponibilité des matières premières. Dans le laboratoire on teste sur des petits formats pour être agiles. Si ça ne marche pas, on refait. Et à la fin du processus, on a un pilote miniature de l’usine qui nous permet de tester à petite échelle. Comme l’usine est entièrement digitale, il n’y a qu’à multiplier les quantités pour produire à l’échelle industrielle.

Comment imaginez-vous chaque innovation ?  

Ce qui me guide, c’est la simplicité. Dans la formulation et dans l’application. Ensuite chaque client a ses contraintes et nous essayons d’y répondre. C’est une culture qui me vient du monde des déchets où c’est le résultat qui compte. Il faut développer des solutions qui répondent à des problèmes en étant le plus propre et le moins cher possible. Nous appliquons cette philosophie chez Hoffmann Green. C’est une approche radicalement différente des cimentiers traditionnels qui ont des produits standards, pour lesquels c’est aux constructeurs de s’adapter. Notre métier est de répondre aux contraintes des autres.  

Une contrainte à laquelle vous avez dû faire face, c’est la norme. Le secteur de la construction est très normalisé. Comment avez-vous fait pour « normaliser » vos nouveaux ciments ?

Dans l’environnement, si vous êtes aux normes actuelles, vous êtes en retard. Donc on cherche toujours à la dépasser pour en créer une nouvelle. La norme dans la construction est liée à une méthode, à une procédure, une façon de faire. Mais surtout elle est établie selon les critères du ciment Portland. Il a donc fallu qu’on passe par toutes les étapes de certifications. C’est le temps long propre à chaque innovation pour faire la preuve de sa performance. Encore plus sur un marché fermé et très conservateur. Mais notre métier n’est pas d’être normé, c’est de trouver des solutions.

Cette entrevue est issue des pages 2 et 3 de notre magazine ForHum, actuellement proposé en libre consultation sur notre site.